L’enseignement du français et son utilisation dans le Darfour

 

Dr. Ahmed Eisa Adam

Université de Khartoum/ Faculté de Pédagogie 2007

 

Introduction :

Le Soudan,  le plus vaste pays d'Afrique[1] est considéré comme le modèle réduit du continent de part son relief, ses populations, sa nature, son climat et plus particulièrement sa situation sociolinguistique (on compte  souvent  plus d'une centaine de langues).

La diversité des populations explique la complexité linguistique. Si l'arabe est langue officielle du pays, le Sud vient de déclarer l'anglais comme langue officielle sans compter la multitude de langues et de parlers : on y dénombre plus de 125 langues[2], comprenant les quatre grandes familles des langues parlées en Afrique (les langues congo-kordofaniennes telles quo le wolof, le fulfulde, le manding, le bambara, le yoruba, le sango; les langues nilo-sahariennes telles que le songay, le saharn, le maban, le fur, le koman; les langues afro-asiatiques telles que le chadic ou le haussa, le berber, l'égyptien, le sémitic, le cushitic, l'omotic; et les langues bantous telles que le sandawe, le hadza, le bushman, le hottentot, etc. El-Khalifa, Y. 1995).

A côté de ces deux langues, l'arabe et l'anglais rivales depuis environ deux siècles commence à s'imposer le français bouleversant ainsi ce passage linguistique du pays. Notre objet d'étude concerne la région du Darfour, parce que cette langue y est  implantée depuis fort longtemps et qu'elle y jouit d'un statut relativement spécifique. Nous tenterons d’expliquer   les raisons de cette situation et d'anticiper sur le futur.

Le Darfour :

Situation géographique :

Le Darfour[3] (composé du Darfour Nord, Darfour Sud et du Darfour Ouest) est situé à l’extrême Nord-Ouest du Soudan. Il joue le rôle de charnière entre les mondes arabo-musulman et africain. Géographiquement, c’est la plus vaste région à en juger d’après les chiffres : 5, 108,88 km², soit un cinquième de la surface totale du Soudan. Quant à sa population, elle atteint environ 6, 165,000 d’habitants selon le dernier recensement de 1998, soit environ un sixième  de la population soudanaise estimée aujourd'hui à 32, 769,000 d’habitants[4].

Le Darfour se situe à la limite de deux pays francophones : le Tchad et la République Centrafricaine, et quasiment limitrophe d'un troisième : le Congo-Kinshasa, lesquels entretiennent des liens très étroits avec de nombreux autres pays africains de l’Afrique du Centre et de l’Afrique de l’Ouest. Cette région se distingue des autres par la présence de nombreux locuteurs francophones, certains en sont originaires et d'autres sont issus  des pays francophones limitrophes. S'ajoute à cette situation  le phénomène de la population 'darfourienne' qui a tissé de nombreux liens  avec ses voisins frontaliers, notamment dans les domaines du commerce, de l'économie et de la vie socioculturelle; faisant de cette région un espace francophone. On soulignera pour finir l’engouement de ses habitants pour apprendre la langue française. Ainsi le statut et les contextes d'utilisation de cette langue se démarquent des autres  états du Soudan compte tenu de ces éléments.

 

 

Le Darfour :

Composition ethnique :

Le Darfour est une région qui se caractérise par la présence de nombreuses ethnies[5] : on en dénombre une vingtaine. Certes, de nombreux facteurs ont contribué à cette situation. Sur le plan historique depuis très longtemps, le Darfour a dû accueillir des afflux et des populations issues des différentes ethnies,  arabes et africaines et venant de différents pays, notamment ceux qui lui sont frontaliers. La plupart des ces peuples qui s'y sont  installés, se sont intégrés et sont devenus des habitants à part entière dans la région. Il faut noter également le fait que certains habitants originaires du Darfour ont émigré, eux aussi, pour de différentes raisons (guerres, conflits, sécheresse, famines, etc.) et ont aussi connu l'exode soit vers certaines d'autres régions soudanaises ou certains pays africains, devenant des citoyens de ces nouvelles localités. Ceci peut expliquer à notre avis ce mélange ou cette interférence ethnique et quelques origines partagées de certaines tribus et familles dans le Darfour. S’ajoute à ce facteur aussi celui du Darfour, en tant que région limitrophe, qui connaît donc ce que nous appelons ici des influences dues aux ‘zones de contacts ethniques’, c'est-à-dire la présence de certaines tribus ou familles à la fois dans le Darfour mais aussi dans d'autres pays africains, ayant souvent les mêmes langues, les mêmes cultures, et les mêmes traditions. C’est le cas par exemple de nombreuses tribus que l’on retrouve au Nord du Tchad et au Nord-Ouest du Darfour.

Le Darfour enregistre la plus forte concentration d'ethnies  dans tout le Soudan. A cela, il faut ajouter la présence de nombreux autres groupes, essentiellement négroïdes, issus notamment des pays francophones voisins (on recense également une importante communauté de réfugiés parmi lesquels les Tchadiens, les Congolais, les Ougandais et les Centrafricains). Ainsi, la diversité ethnique s’explique par sa population d’origine et la présence d’immigrés ; ce qui fait de cette région une « mini Afrique » avec toutes les composantes ethniques et culturelles des Etats voisins se retrouvent à l'intérieur de la région. Le Darfour est donc considéré comme  un microcosme afro-arabe. Ces données ethniques, auxquelles s’ajoute celle de la spécificité géographique du Darfour, peuvent expliquer la motivation et l’attitude d’une partie de la population vis-à-vis de la langue française.

Composition  linguistique :

Le paysage  linguistique² du Darfour, reflète bien la diversité de la population que nous avons évoquée supra. Il est donc  très complexe, si l’on dénombre les  langues parlées dans l’ensemble de cette région. Si le Soudan est considéré comme le modèle réduit de l'Afrique, le Darfour peut être aussi le modèle réduit du Soudan, ce qui veut dire alors que c’est une région à la fois plurilingue, pluriculturelle et pluriethnique comme nous l’avons déjà vu. Ainsi, on signale qu'environ  plus d’une vingtaine de langues locales sont parlées dans l’ensemble de ses territoires : « Darfour is an area where various people live : For, Zaghwa, (Beri), Bideyat, Berti, Masalit, ama, Erenga, Gimir, Daju, Midob, Birgid, Sinyar, Mima, Beygo, as well as various arab and West African (so-called ‘Fellat’, i,e. Hausa and Fulbe) groups. Most of these people speak or have spoken a language of their own », Jakobi, J.A., (1990:1).

S’ajoutent à ces langues aussi, du fait de l’exode des populations issues de  certains pays frontaliers (guerres, famines, sécheresse, commerce, etc.) d’autres langues telles que le sango, le peul, le grec[6], le haussa et le lingala[7]. Ces langues sont parlées par les grandes familles originaires pour la  plupart des pays voisins, implantées dans cette ville et dans ses  alentours  depuis longtemps. On assiste donc à un véritable phénomène  de complexité et  diversité linguistique qui se retrouve dans le domaine de l’éducation, de la politique linguistique ou encore qui soulève le problème  du statut et de l’usage de ces langues.

En effet, malgré la très grande diversité linguistique de la région, l'Etat central ne reconnaît pratiquement qu'une seule langue officielle (l'arabe). L'arabe (ou Juba Arabic[8]) est aussi la langue seconde de nombreux peuples non arabophones et une des langues véhiculaires[9] notamment dans le Sud. L'anglais, langue coloniale, est encore largement utilisée dans tout le Soudan. Elle a un statut de  seconde langue véhiculaire après l'arabe, sans compter les politiques valorisant l’arabisation. La question qui se pose et qui mérite une réflexion est : quelle  est la place des langues locales ? En effet  toutes les tentatives de promouvoir ces langues se sont soldées par des échecs. Le gouvernement a dû admettre la défaite de ses politiques linguistiques : faute de moyens financiers suffisants, dégradation du système éducatif, absence d’équilibre entre les enseignements de l’anglais et de l’arabe. Les politiques de réhabilitation  des langues locales n'ont pu être menées à terme. Les réalités socio-économiques (exode rural, mariages mixtes, mouvements de populations, etc.) ont plutôt contribué à déstabiliser les sociétés traditionnelles et à faire régresser les langues locales.

Les contacts du Darfour avec les pays voisins :

Historiquement, le Darfour, du fait de sa spécificité géographique au cœur du continent africain, entretenait des liens et des relations très étroits avec de nombreux pays du continent africain dans de différents domaines, et plus particulièrement dans celui du commerce. D’après Mubarak, M. (1995 : 29), il y avait un réseau de routes commercial, au tout début de l’Islam reliant entre eux les pays d’Afrique. Le Darfour constitua pour ces différents pays le carrefour et le point de rencontre des caravanes commerciales qui acheminaient les marchandises prévenant de différentes régions, surtout du Sud et du Sud-Est de l’Afrique. On peut citer les parcours suivants, à titre d’exemple :

-          La route qui s’étend de l’Afrique du Sud, puis le Congo jusqu’au Darfour;

-          La route qui s’étend de Sommet des Lacs jusqu’au Darfour;

-          La route qui s’étend de "Bahr Elgazal" jusqu’au Darfour;

-          La route qui s’étend de la Somalie et de l’Ethiopie traversant le Bassin du Centre Nil jusqu’au Darfour;

-          La Grande Route africaine traversable, qui de l’Atlantique conduit à la Mer Rouge par la voix du Niger.

Par ailleurs, les études économiques effectuées récemment ont démontré qu'il y a une augmentation des échanges, surtout dans le domaine du commerce, notamment avec les pays plus ou moins proches tels que le Tchad, le Nigeria, le Niger, le Congo, le Cameroun, la République Centrafricaine et la Libye.[10]

Pour finir, on ne peut occulter le terrible conflit qui ravage cette région     depuis février 2003 provoquant la mort de plusieurs milliers de personnes et un exode massif de réfugiés notamment au Tchad.

Cette situation a  eu pour conséquence de bloquer toutes sorte d’échange entre ces différentes composantes et donc de briser l’équilibre, voire de modifier la complexité originale de cette région, source de richesse.

Objectifs, hypothèses et méthodologie de l'étude :

Cette étude s’est fixée les objectifs suivants :

1-      mettre en évidence  le statut, la place et l'utilisation de la langue française dans le Darfour;

2-      étudier la situation de l'enseignement/apprentissage du français;

3-      exposer  la pluralité linguistique et culturelle de la région;

4-      mettre en avant l’enjeu de l'importance des langues vivantes, surtout à l'aube de ce troisième millénaire.

Quant à l'hypothèse de cette étude, elle se base sur le fait que le Darfour, du fait de ses spécificités géographiques et ethnolinguistiques, pourrait devenir une région où le français jouerait un rôle aussi important que l'anglais.

Concernant la méthodologie, et afin d'étudier les situations de l'enseignement/apprentissage du français et les contextes de son utilisation dans le Darfour, nous avons procédé à une enquête de terrain[11] comprenant trois techniques pour le collecte des données :

-          des questionnaires destinés aux apprenants du français, à leurs enseignants et aux différentes catégories socioprofessionnelles;

-          des observations effectuées sur le terrain;

-          des rencontres avec certains responsables et certaines personnes concernées.

Le français et ses contextes d’enseignement/apprentissage dans le Darfour :

Analyser les situations de l'enseignement/apprentissage d'une langue étrangère nécessite de se situer dans un cadre méthodologique précis, théorie ou modèle. Ainsi, nous avons adopté comme modèle d'analyse, l'appareil conceptuel/matriciel de Galisson, R. (1992: 47) pour la D/D/LC qui nous parait le plus compréhensif pour l'étude en question. 

On dénombre dans le Darfour quatre situations d’enseignement/apprentissage : scolaire, universitaire, réseau culturel et institutions parascolaires.

L’enseignement/apprentissage du français a débuté au Soudan dans les années soixante-dix. Mais il ne s’est pas développé de manière significative dans l'ensemble du pays, y compris le Darfour. Cet enseignement demeurait il y a encore très peu de temps assez limité[12] et rencontrait beaucoup de problèmes d'ordre considérablement différent.  

Le français et son enseignement dans le contexte scolaire :

L’enseignement/apprentissage du français dans ce contexte d’après  les études réalisées par A.D. Mahmoud (1998)  est problématique, voire préoccupant. A cet égard, signalons que les résultats de note enquête confirment les résultats des enquêtes  de Mahmoud (ibid.). Le français est enseigné dans moins d’une dizaine d’écoles sur les 116 écoles que comptent le Nord Darfour, à titre d'exemple. Et là encore, seule une dizaine de professeurs y est affectée. En plus, seulement la moitié de ces enseignants sont effectivement recrutés[13] en tant que professeurs de français. A Nyala, à titre d'exemple, seuls  quatre professeurs enseignent  le français pour  presque toutes les écoles de la ville (une dizaine d'écoles). Cet enseignement de  plus est  assuré très irrégulièrement.

Le français dans le contexte universitaire :

Ce n'est que très tard, en 1995, que l’Université de Nyala a offert la possibilité d’un apprentissage du français dans la région. Ainsi, le Centre d’Etudes Françaises ouvert en 1995, et la Section de français de la Faculté des études Extrascolaires et du Développement Humain offrent des cours de français à toute personne intéressée.

Le français dans les réseaux culturels et les institutions parascolaires :

Les habitants du Darfour ont la possibilité d’apprendre le français dans d’autres instituts et centres. Parmi ces organismes nous citons, à titre d'exemple, le Centre Franco-soudanais de Nyala[14], le Centre de la Formation de la Jeunesse, certains clubs ou associations professionnelles et des instituts ou des écoles coraniques[15]. Mais cet enseignement se fait généralement d’une façon irrégulière et dépend de la disponibilité des personnes susceptibles de l'enseigner.

En résumé, nous pouvons exposer de la façon suivante les problèmes relatifs à cet enseignement :

1- Une volonté d’apprentissage insatisfaite : la volonté de l'apprentissage ou la motivation, qui nous intéresse dans le cadre de notre étude, étant introduit plus récemment, à partir des années soixante-dix avec les nouvelles méthodologies sur la centration sur l’apprenant (Baylon, C. 1992) est désormais l’une des questions principales dans la didactique des langues étrangères. Elle constitue en plus l'un des indicateurs révélant le statut de telle ou telle langue dans une société donnée. Nuttin, J. (1998) l’a définie de la façon suivante : « orientation active, persistante et sélective caractérisant le comportement, la motivation est en même temps source d’activité et direction de cette activité ».).

En effet, de nombreux habitants du Darfour sont généralement très  motivés pour apprendre le français, mais les situations de l’enseignement de cette langue leur sont  peu favorables.

Pour mesurer le degré de motivation de ces apprenants dans le contexte scolaire et leurs attitudes vis-à-vis de la langue française, nous avons posé aussi certaines questions aux enseignants de français. A la question  relative au  niveau de participation des apprenants dans la classe : «Comment évaluez-vous la participation des apprenants dans l’apprentissage de français ? ».

Ainsi, notre enquête met en évidence cette motivation à en juger par les résultats:

·         92% des élèves interrogés expriment leur volonté de continuer l’apprentissage du français dans leurs études à venir;

·         80% disent qu’ils écoutent le français à la radio;

·         62% d’eux disent qu’ils regardent des films et des programmes en français;

Quant aux professeurs de français, ils expriment cette motivation et la revendiquent. Cependant, force est de constater que des possibilités assez limitées sont offertes à ce public pour apprendre le français. Les facteurs suivants expliquent cette situation.

L’incroyable rareté de manuels et de matériels pédagogiques :

1-      Le manque quasi-total de manuels, des moyens et des supports pédagogiques dans l’ensemble des contextes où le français est enseigné est criant. Il s’agit, à notre avis, d’une pénurie qui touche, non seulement les apprenants, mais aussi leurs enseignants. Ainsi, il arrive souvent que dix élèves se partagent un seul livre[16].

2-      Le manque des professeurs enseignant le français :

Ce manque des professeurs du français constitue aussi un autre frein pour l’apprentissage de la langue française. A cet égard, nous pouvons dire que la plupart des écoles n’ont pas de professeurs du français, tandis que celles plus chanceuses voient leur seul et unique professeur chargé de toutes les classes de français.

3-      Le manque de formation pour les professeurs du français :

La plupart des professeurs qui enseignent actuellement le français dans le Darfour n’a pas eu la chance de s’entraîner à l’utilisation de la méthode « J’apprends le français », la seule méthode utilisée. Ils n’ont pas eu non plus de formation pédagogique solide leur permettant de l’utiliser.

4-      Le volume horaire :

D'après les textes, l’enseignement de la langue française dans les écoles secondaires soudanais en général, et celles du Darfour en particulier, est fixé à deux heures par semaine[17]. Il arrive aussi que certains établissements appliquent  un volume supérieur (plus de 2 heures par semaine)[18].Or toute l'année scolaire est perturbée pour de nombreuses raisons (sécurité, financement, etc.). Ainsi, il n'est pas rare de voir un élève se contentant de quatre ou cinq mois de scolarité au lieu d'environ huit réglementaires.

5-      La volonté politique au niveau local d’écoles pour commander des manuels scolaires ou de celle des Directions Régionales pour recruter de nouveaux professeurs[19].

Par ailleurs, nous avons demandé aux sondés pour voir comment ils imaginaient une sort meilleure pour  la langue française au Soudan : "Que proposez-vous pour l'amélioration de la situation de la langue française au Soudan ? ". Les propositions apparaissent dans  le tableau suivant :  

Tableau (1): Les propositions reformulées par les sondés touchant  l’amélioration de la situation de la langue française au Soudan:

88.3%

 des sondés pensent que de nouveaux centres culturels, des instituts et des écoles devraient s’ouvrir pour enseigner le français.

70%

 des sondés proposent que les enseignants du français devraient être plus nombreux.

65%

 d’eux pensent que des programmes devraient être diffusés à la radio et à la télévision.

58.3%

 des sondés pensent que le français doit être une matière obligatoire à l’école et une matière de boxing.[20]

36.7%

 Estiment que les moyens pédagogiques nécessaires tels que manuels, cassettes, dictionnaires, magnétophones, etc. devraient être fournis par le gouvernement.

9.2%

  estiment que son enseignement devrait commencer tôt, dès le cycle de l’éducation de base (primaire).

8.4%

 proposent que les relations bilatérales avec la France et les pays francophones voisins soient  être renforcées.

6.7%

 des sondés pensent que le français doit avoir le même statut que celui de l’anglais dans l’enseignement.

5%

  proposent que des mesures soient  être prises pour sensibiliser  la population à l’importance de cette langue pour le Soudan en général, et pour le Darfour en particulier,

4.2%

pensent que le volume horaire  des cours de français dans les écoles devrait  être augmenté.

3.4%

 pensent que le français devrait être aussi une langue dominante au Soudan.

1.7%

 D’eux voient que le français doit être aisément enseigné,

0.83%

 pense qu’aucune importance ne doit être  accordée au français  afin de  ne pas nuire à l’arabe, langue du Saint Coran.

Le français et ses contextes d’utilisation dans le Darfour :

D'une manière générale, l'utilisation ou la  pratique des langues au Soudan s'avère très différente, compte tenu des régions : Nord, Sud, Est, et Ouest. Ainsi, l'arabe demeure généralement la langue dominante, véhiculaire utilisé dans presque tous les territoires du pays et dans tous les domaines d'usage (législation, justice, éducation, médias, commerce, etc.) exception faite de quelques petites zones[21] linguistiques où il  n’est pas beaucoup utilisé dans la vie courante.

Par les contextes d’utilisation nous entendons les lieux où la langue française est parlée. Compte tenu des facteurs que nous avons mentionnés au début de cet article, d’une part, et des résultats livrés par notre enquête d'autre part, nous pouvons en déduire que le Darfour est une région où l’utilisation du français en tant que langue étrangère est beaucoup plus forte que dans d’autres régions du Soudan, exception faite de Khartoum, la capitale.

Ainsi, notre enquête montre qu’il y a un nombre non négligeable des locuteurs francophones résidant dans la région :

-          61% affirment avoir des locuteurs francophones dans leur entourage (voir diagraphe); 

-          34% expriment qu’ils aiment suivre des programmes de mass médias français (la radio et la télévision notamment) contre 15% pour l’anglais;

-          81% de la même population rapporte qu’elle préfère regarder des films en français;

-          92,5% des lycéens ont exprimé leur désir de poursuivre l’étude du   français à leur fin de leur cursus;

-          71,4% des professeurs sondés estiment que l’intérêt des habitants dans le Darfour pour le français  a augmenté ces dernières années;

-          85,7% de ces professeurs sont  sollicités pour donner des cours à titre privé.

Cette motivation et cette attitude des habitants du Darfour à l'égard du français trouvent aussi leur explication, à notre avis, dans le fait que le Darfour est une région où cette langue est parlée dans plusieurs contextes parmi lesquels :

 

 

1-      Le français dans le contexte de famille :

Le français est parlé dans des contextes familiaux de certains foyers, notamment ceux comptant des locuteurs francophones tels que parents, frères, soeurs, épouses, enfants ou autres proches (voir diagraphe 1). Ce facteur ne peut que favoriser l'apprentissage du français et son utilisation s'explique par le mélange, et le brassage des différentes ethnies qui se trouve au sein d'une même famille, phénomène que nous avons déjà signalé.

En effet, les personnes interrogées ont signalé une utilisation des langues étrangères (français et anglais) en augmentation, supplantant parfois les langues locales. Ainsi, à notre question portant sur la langue préférée dans les mass médias (la radio et la télévision), le français a obtenu un score de 33.3 % talonnant  l’arabe, la langue officielle qui était de 34.1 %, tandis que l’anglais, première langue étrangère -selon son statut officiel- vient en troisième position  avec 15 % comme le montre diagraphe (2).

Quant à la question portant sur l’usage des langues dans les différentes activités et les loisirs tels que films, pièces de théâtre concerts, chansons, journaux, etc., les réponses ont démontré que la majorité de la population sondée s’intéresse à la langue française comme l’on peut le constater dans le tableau suivant :

 Tableau (2): La proportion de préférences des langues dans les mass médias :

Langues/par locuteur

No. de locuteurs

Pourcentage

Arabe

41

34.1 %

Anglais

18

15 %

Français

40

33.3 %

Arabe/anglais/français

14

11.7 %

Arabe/Anglais

1

0.8 %

Arabe/français

3

2.5 %

Langues locales

-

-

Sans réponse

3

2.5 %

 

Le tableau montre que 34.1 % des sondés préfèrent l’arabe; 33.3, le français et 15 % l’anglais. Par contre  11.7 % se déclarent peu favorables à l’usage des langues locales dans les mass média et sont partisans d’un trilinguisme dans ce secteur.

2- Le français dans le contexte professionnel (informels) :

Le français est également utilisé dans certains lieux du travail notamment dans celui des marchés. Citons, à titre d'exemple, le célèbre marché appelé  ‘Souq Elbouram de Nyala’[22] dont les principaux commerçants sont des locuteurs francophones originaires des pays voisins : Tchadiens, Congolais, Camerounais, Zaïrois, etc. De nombreux commerçants parlent un français mélangé avec des langes ethniques et de l’arabe dialectal, "sorte de sabir".[23] S’y ajoutent aussi d’autres contextes comme ceux des rues où l'on peut aussi rencontrer des locuteurs francophones. A ces contextes de 'l'extérieur' s'ajoute celui des instituts et écoles coraniques.[24] Ces structures accueillent souvent des étudiants musulmans venant des pays francophones africains.

Ces derniers souhaitent acquérir un enseignement de type religieux et linguistique à l'instar de l'Université Internationale d'Afrique de Khartoum, mais ils méconnaissent l'arabe alors le français est utilisé non pas en tant que langue d'enseignement mais en tant que langue d'explication. Il ne faut pas oublier les Maisons de Jeunes et les associations liées aux professions. Il s'agit de contextes où la langue française est notamment pratiquée.

 

Tableau (3) : L’utilisation des langues dans les contextes informels:

 

Langue utilisée

N° de locuteurs

Pourcentage

Arabe

55

45.8 %

Anglais

14

11.7 %

Français

32

26.7 %

Arabe/anglais

2

1.7 %

Arabe/français

1

0.83 %

Arabe/anglais/français

9

7.5 %

Langues locales

2

1.7 %

Sans réponse

5

4.2 %

 

2-      Le français et son utilisation dans les contextes formels :

Il existe de nombreux lieux dans le Darfour où le français est parlé. Il s’agit des lieux dont les fonctionnaires de par la nature de leur travail, sont  contraints d'établir des contacts avec des locuteurs francophones et non arabophones, alors que la langue officielle du pays est l'arabe. Les Hôpitaux, les Administrations pour la Lutte Contre la Contrebande, des Gardes des Frontières et ceux des Activités de la Chasse, les Sections Générales de la Nationalité, de Passeports et de l’Immigration et des  Tribunaux des grandes villes de la région du Darfour notamment sont des structures où le français est souvent utilisé[25].

Le drame du Darfour a contribué à en  modifier le paysage linguistique. Ainsi les Organisations Non-Gouvernementales ont dû mal à recruter localement des personnes parlant le français. Cette situation a pour effet d’inciter des jeunes à apprendre cette langue afin de trouver un travail dans le secteur de l’humanitaire qui génère des emplois.

Les langues et leurs statuts :

Pour mieux apprécier le statut des deux langues étrangères présentes dans le Darfour nous avons posé la question suivante aux habitants: "Quel devrait être selon vous le statut de l’anglais et du français en tant que langues étrangères dans la région?".

Le tableau ci-dessous montre que 91.7 %  soutiennent un état de fait :   l’arabe comme  langue officielle du pays tandis que 8.3 % y sont opposés ; 82.5 % sont d’accord pour que l’anglais demeure la première langue étrangère tandis que 26.7 % ne le sont  pas ;  66.7 % des sondés estiment que le français, jusqu’à présent deuxième langue étrangère après l’anglais soit lui aussi la première langue étrangère comme l’anglais, alors que 30 % parmi eux ne le sont pas.

Tableau (4) : Les langues et leurs statuts estimés d’après la population sondée :

 

Langue

Oui

Pourcentage

Non

Pourcentage

Arabe: LO

110

91.7 %

10

8.3 %

Anglais: PLE

99

82.5 %

20

16.7 %

Français: PLE

80

66.7 %

36

30 %

Lang. Locales: SI

76

63.3 %

43

35.8 %

 

LO= langue officielle; PLE= première langue étrangère; SI= sans importance

 

Concernant les langues locales, le tableau révèle que 63.3 % des sondés pensent qu’elles sont importantes contre 35.8 Ceci signifie qu’il y a un fort attachement aux langues maternelles. Par contre, cet attachement ne se traduit pas, à notre avis, dans les différentes pratiques langagières quotidiennes. Ceci s’explique par le fait que ces langues sont désormais de moins en moins utilisées, surtout par les nouvelles générations.

Tableau (5) : La fréquence de l’usage de la langue locale à l’intérieur de la famille :

 

Fréquence d’usage

N° de locuteurs

Pourcentage

Très souvent

22

18.3 %

Beaucoup

12

10 %

Un peu

41

34.2 %

Jamais

12

10 %

Sans réponse

23

19.2 %

 

L’arabe, langue incontournable : 

Dans tous les contextes d’usages de langues que nous avons vus, l’arabe bénéficie d’un statut privilégié (langue du Coran, langue d’enseignement, langue de travail, et langue pour finir des mass média). Ceci peut confirmer le fait qu’il est, non seulement la langue officielle du Soudan ou maternelle pour la majorité des Soudanais, mais de plus qu’il est manifestement utilisé comme 'langua franca' entre des ethnies de langues différentes[26]. Ainsi, 86.7 % des sondés l’utilisent dans le contexte familial; 85 % l’utilisent dans le travail; 80.8 % l’utilisent dans des contextes formels et 45.8 % l’utilisent dans des contextes informels. Ceci peut expliquer, à notre avis, l’importance du rôle qu’accomplit la langue arabe, comprenant presque tous les aspects des interactions quotidiennes et la provenance, par conséquent, de sa vitalité linguistique. Avec les facteurs politiques, démographiques, socio-économiques, entre autres, l’arabe demeure pour le moment une langue incontournable.

Les langues locales : entre l’attachement et la régression : 

En effet, à l’opposé de la langue arabe, les résultats montrent que les langues locales sont aujourd’hui de moins en moins parlées. Ainsi, 0.83 % seulement des sondés disent qu’ils les parlent en famille, lieu le plus propice à notre avis, pour l’usage de ces langues. En plus, même ceux qui ont affirmé les pratiquer, le font rarement puisque seulement 18.3% les parlent souvent; 10 % beaucoup et 34.2 % les parlent peu. Par contre, seulement 1.7 %  ont indiqué les parler dans des contextes informels et aucune langue locale n’a été enregistrée dans les contextes formels ni dans ceux du travail. A notre avis, le pourcentage très élevé enregistré pour l’usage de la langue arabe peut expliquer, une baisse simultanée de l’utilisation des langues locales, ce qui signifie le phénomène du "language shift". Le devenir de ces langues locales dans le pays, compte tenu de cette évolution est alors une question qui mérite des réponses.

Pour conclure, signalons que le Soudan se prépare à modifier sa constitution de juin 1998. Ainsi, un nouveau projet linguistique a été présenté de façon à laisser davantage de place à l'anglais et aux langues locales du pays. C'est pourquoi l'article (8) évite dorénavant d'avoir recours à l'expression "langue officielle" en parlant de l'arabe. L'arabe aurait alors le statut de "langue nationale largement parlée au Soudan" et, avec l'anglais, celui de "langue de travail officielles du gouvernement national" et de "langues d'enseignement pour l'éducation supérieure". Quant aux langues locales, elles sont des "langues nationales" qui doivent être respectées, développées et promues :

Article (8)/Langue :

1-      Toutes les langues indigènes du Soudan sont des langues nationales et doivent être respectées, développées et promues;

2-      La langue arabe est la langue nationale largement parlée au Soudan;

3-      L'arabe, en tant que langue principale au niveau national, et l'anglais seront les langues de travail officielles du gouvernement national et les langues d'enseignement pour l'éducation supérieure;

4-      En plus de l'arabe et de l'anglais, la législature de tout niveau de gouvernement infranational peut adopter une autre langue nationale comme langue de travail officielle complémentaire à son niveau;

5-      Il n'y aura aucune discrimination contre l'usage de l'arabe ou de l'anglais à n'importe quel niveau de gouvernement ou d'enseignement. 

Le français dans le Darfour : un portail sur la francophonie ?

Selon L. Dabène (1994) et C. Hagege (1994) avec qui nous sommes d’accord, la place qu’une langue étrangère ou seconde peut avoir dans une communauté donnée peut expliquer, l’appropriation que les gens lui accordent, ses représentations et sa vitalité linguistiques. Pour cette dernière, nous partageons l’opinion de Downes, W. (1984) qui prétend qu’elle dépend de nombreux facteurs institutionnels, sociaux, économiques, etc.

A propos du rôle du français dans la région, il est considéré en tant qu’outil d’accès au développement économique et socio-culturel puisque 90 % des sondés professionnels pensent que le français peut jouer un rôle important dans cette région; 57, 5 % l’estiment comme rôle de coopération socio-culturelle et 27, 5 % l’estiment en tant que rôle économique et commercial, ce qui correspond ainsi à l’usage d’une langue pour objectifs spécifiques comme l’entend Mackey, W.F. et Mountford, A., (1978). A notre avis, ces facteurs sociaux, institutionnels, économiques, etc., peuvent confirmer l’hypothèse que nous avons posée au début de notre étude concernant le Darfour qui est une région où le français pourrait jouer un rôle important au point de  constituer un portail sur la francophonie.

 

 

 

Conclusion :

Il est clair que la langue française rencontre beaucoup de problèmes d'ordre institutionnel, pédagogique, statutaire, etc. Cependant tous ces points négatifs ne nous empêchent pas d'être optimistes quant à son avenir pour les raisons suivantes :

-           un nombre non négligeable des apprenants intéressé et motivé pour l’apprendre;

-          le français dans cette région jouit d'un statut privilégié. Il dispute la place à l'anglais en tant que langue étrangère première.² Les résultats de nos enquêtes le démontrent. Ainsi une grande partie de la population dans le Darfour le considère en tant que première langue étrangère et pense que cette langue peut jouer un rôle important dans la région;

-          c’est la langue officielle de nombreux pays francophones dont deux partagent les frontières avec le Darfour, entretenant de très forts rapports avec le Soudan. Cette situation lui permettrait de renforcer ses relations mutuelles et de consolider sa position à l’intérieur du continent africain, et avec la communauté internationale francophone. Le Darfour pourrait servir de fer de lance à la francophonie au Soudan. Cet Etat a candidaté à nouveau pour être membre observateur de l'OIIF;

-          le français est aussi considéré comme langue de promotion socioprofessionnelle, des coopérations socioculturelles, de développement économique, commercial, scientifique, et du progrès divers. Il est un critère de sélection entre deux candidats postulant pour un emploi. Il est aussi une marque de distinction sociale;

-          le français est aussi une langue donnant accès au savoir et à la connaissance des richesses qu’elle véhicule, à des compréhensions mutuelles dont l’importance est de taille surtout à l’aube de ce troisième millénaire;

-          nous assistons également à l’ouverture de nombreux départements de français ces dernières années qui pourront former des diplômés et dispenser un enseignement au public désirant l’apprendre;

-          nous assistons bien entendu à des politiques linguistiques relativement courageuses et ambitieuses promulguées récemment en faveur de la langue française et son enseignement au Soudan;

-          nous assistons aussi à une intérêt croissant de la part du Service de  Coopération et d'Action Culturelle de l'Ambassade de France pour le français au Soudan et à ses efforts pour l’amélioration de la situation de la langue française dans le pays avec l’envoi en France de stagiaires doctorants et maîtrisards, le versement de subvention au Centre Franco-Soudanais.

En fin, nous espérons que tous les moyens nécessaires seront mobilisés pour que la situation de la langue française se développe au Soudan. Car avec le français, les Soudanais, déjà arabophones et anglophones, auront la possibilité de communiquer, non seulement avec les pays arabes et anglophones, mais aussi avec le continent africain en entier sans compter la communauté internationale francophone. C’est dans cette perspective que nous nous inscrivons. Il faut espérer que d’autres recherches se poursuivent en faveur de la langue française. La situation de  l'enseignement/apprentissage au Soudan, ne permet pas selon nous encore de faire apprécier l'aspect dynamique en tant que langue de communication internationale  pour l’instant du moins.

 Le français largement pratiqué comme nous l’avons vu  dans le Darfour est un  parent pauvre compte tenu des moyens limités qui pourraient lui permettre de se développer, paradoxe terrible si l’on estime les enjeux  de ce développement. Le Soudan exprime le désir de trouver une place centrale en Afrique après s’être tourné durant des décennies vers l’Est (pays du golfe anglophones).

Le français jouit d’une certaine aura au Soudan. Il représente la langue du choix, face aux deux langues incontournables, l’arabe et l’anglais, la première reflète l’identité nationale et la seconde n’est pas sans rappeler le passé colonial du Soudan.

L’arabe, le français et l’anglais pourraient lui donner une position de leadership en Afrique et le sortir d’un isolement politique et lui permettre de trouver des solutions à sa situation.

 

 

Bibliographie

 

1-ABDELGADIR, A. (1998): Tarikh Darfour Abr Elesour, Khartoum University Press, Khartoum.

2- ABDELHAG, A. (1984): « El-Lougat fi garb elsoudan : Rai wa manhag » in nadwat el-deirasat el-logaweiya, 13-16 octobre, Khartom.

3- ABOUBAKR, Y.E. (1995): Elzaghawa madin wa hadir, Khartoum.

4- ABU-MANGA, A. (2001) : « A dialogue on the linguistique situation in the Sudan », in Al-ayam, 22 Septembre 2001.

5- ADAM, M. (1995) : L’enseignement/apprentissage du français dans l’Ouest du Soudan : Analyse et perspectives, Mémoire de maîtrise, Université de khartoum.

6- BELL, H. (1976) : Language questionnaire survey, Khartoum University Press.

7- BESSE, H.  (1987) : Eléments de sociolinguistique, langue, communication et société, DUNOP

8- BOGAARDS, P. (1984) : « Attitudes et motivations, quelques facteurs dans l’apprentissage d’une langue étrangère », in Le français dans le Monde, N. 185.

9- CALVET, L. J. (1987) : La Guerre des langues et les politiques linguistiques, Payot, Paris.

10-CHANCERICH, J.C., RITERICH, R. (1980) : L’identification des besoins des adultes apprenant une langue étrangère, Hatier, Paris.

11- COOPER, R.L. (1982): Language spread, Indian University Press, Bloomington.

12- DE SINGLY, F. (1992) : L’enquête et ses méthodes : Le questionnaire.

13- EISA, A., (2003) : Le français dans l'Ouest soudanais frontalier : statut, usage et analyse de la situation d'enseignement/apprentissage, Thèse de doctorat, Université de Khartoum.

14- GALISSON, R. (1992) : « Pour un modèle d’enseignement subordonné à un modèle d’apprentissage (des langues cultures dans le cadre scolaire », in Dialogues et Cultures, n° 37.

15- EL AMIN, Y., (1990) : Le statut de l'enseignement du français en Afrique, aspects constitutionnels, sociolinguistiques et pédagogiques, Thèse de doctorat, Université de la Sorbonne Nouvelle, Paris III.

16- MOHAMED, K. A. (2001) : Rehla ila wadai, Dar Mankoup.

17- MUBARAK, M. (1995) : Tarikh Darfour elsiyasi, Khartoum Publishing House, Khartoum.

18- MUCHIELLI, A. (1984) : Les motivations, P.U.F. coll. Que sais-je ? Paris.

19- VIAU, R. (1994) : La motivation en contexte scolaire, Saint Laurent, Canada.

20- ZEBRO, J. (1972) : Histoire de l’Afrique, Hatier, Paris.

21- Sudan in Figures, Council of Ministers, Central Bureau of Statistics, 2002.

22- Bureau Fédéral de l'Enseignement, Ministère de l'Education    Nationale, Section des Statistiques.

23- Bureau Régionale de l’Enseignement de Nyala.

24- Sudan in Figures, Council of Ministers, Central Bureau of Statistics, 2007.


Annexes

-          Diagraphe (1) : Proportion  de locuteurs francophones chez les sondés :

 

-          Diagraphe (2) : Pourcentage de ce ceux qui regardent des films en français:

 

-         


 

-  Diagraphe (3): Pourcentage des réponses de lycéens sondés relatif à la question: "Avez-vous le désir de continuer à apprendre le français dans l'avenir ? "

-          Diagraphe (4): Evaluation de la motivation des apprenants de français dans la classe de la langue française par leurs enseignants :

 

-          Diagraphe (5): Evaluation de l’intérêt et de la préoccupation des apprenants vis-à-vis de français dans les dernières cinq années estimée par leurs enseignants :

 

 

-          Diagraphe (6): Effectif de personnes désirant apprendre le français hors contexte scolaire :

 

 

-          Digraphe (7) : «Pensez-vous que la langue française peut jouer un rôle important dans la région ? Non,  Oui, Si  oui, pourquoi et le(s) quel(s) ? 

 

-          Diagraphe (8) : Proportion de l’utilisation de langues locales dans les contextes de famille :

 

 

Diagraphe (9) : L’utilisation des langues dans les contextes de famille :

-          Diagraphe (10) : L’utilisation des langues dans les contextes du travail :

 

-          Diagraphe (11) : L’utilisation des langues dans les contextes formels :

 

-          Diagraphe (12): L’utilisation des langues dans les contextes informels :

 

 

 

-          Diagraphe (13) : Diagraphe récapitulant les proportions de l’utilisation de l’arabe, de l’anglais et du français dans les différents contextes d’utilisation :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Avec ses  2,5 millions de km² , le Soudan fait 4,5 fois plus grand que la France, 82 fois plus vaste que la Belgique et presque aussi étendu que toute l'Union européenne.

[2] Les chiffres varient et se multiplient largement tels que : 111 langues selon Bell, H.; 177 langues selon Y.E. Abu-Bakr et Hurriez, H.S.; 106 langues selon, Bryan, T. et 113 langues selon le recensement de 1956 ( Abu-Manga, A. et ElKhalifa, Y., 1997: 2).

[3] Le mot Darfour vient de l’arabe et signifie  le territoire (dâr)  des Four, la plus ancienne et la plus importante des tribus à l’Ouest du Soudan. Voir

[4] Sources : Council of Ministers, Central Bureau of Statistics, 2003 : 38.

[5] Voir les travaux de Miller, C., Langues et identités, Paris, Karthala, 1989.

[6] La présence du grec est très ancienne surtout dans les plus grandes villes dans le Darfour telles que Nyala, El-Fashir, El-Génaina, El-Douaine, etc. Il s'agit souvent des familles des commerçants et des hommes d'affaires.

[7] Thelwall, R. (1983 : 122) écrit à ce propos que : " Not only did african languages from neighbouring countries enter the country, and still do, to affect language map".

[8] Terme désignant d'après Elamin, Y. (1971: 69) une variété commune qui s'est développée principalement de la langue arabe parlée par les non arabophones résidant à Juba, la ville la plus grande du Sud du pays et dans ses banlieues, parlée côte à côte avec des vernaculaires dans presque tous les aspects des interactions quotidiennes.

[9] Voir les travaux de Catherine Miller sur l’arabe de Juba (ibidem).

[10] Les pays francophones non frontaliers entretiennent des relations étroites avec le Darfour tant sur le plan socio-culturel, que sur le plan économique.

[11] Cette enquête a été réalisée en 2003.

[12] A l'heure actuelle, on dénombre une douzaine de Département du français au Soudan alors qu'ils étaient seulement trois pour environ une trentaine d'années.

[13] Suite à des renseignements effectués auprès du Bureau Régional de l'Enseignement de Nyala en 2007 qui nous n'a souligné aucun changement de  ladite situation.

[14] Ce CFS a été créé en 1995. Compte tenu de la situation qui prévaut,  ne doit-il pas sacrifier les activités culturelles au bénéfice des activités linguistiques ?

[15] Nous avons visité lors de notre travail du terrain un institut coranique, très connu à Nyala et dans l'entière région du Darfour. Il s'agit de "Khalwat El-Cheikh Moussa" se situant à l'est de Nyala. Ouvert en 1977, cet institut constitue l'univers francophone le plus constaté dans presque l'ensemble de la Région. Ainsi, de nombreux apprenants francophones y passent fréquemment, venant de nombreux pays africains tels que Zaïre, Tchad, République Centrafricaine, Mauritanie, etc., pour apprendre la langue arabe et les études islamiques. Le français est largement utilisé en tant que langue de communication, de l'enseignement et de l'explication des matières enseignées dans cet institut.

[16] Compte tenu de cette situation, ne se pose pas donc le problème de l'objet ou la matière à enseigner ou plus précisément "le quoi enseigner" selon ce que l'on entend Elamin, Y., 1987.

[17] Sources : Bureau Fédéral de l'Enseignement du Ministère de l'Education Nationale, Khartoum, 2007.

[18] Il s'agit généralement des quelques écoles et instituts privés ou/et pilotes.

[19] " Le problème est que nous faisons des annonces de postes pour recruter des enseignants de français de temps en temps, la dernière remontant au début de cette année scolaire en cours, mais, comme d'habitude, personne ne s'est présentée". Témoignage du Directeur du Bureau Régional de l'Enseignement, Nyala.

[20] Le boxing : terme anglais qui désigne ici la combinaison des matières permettant l'accès d'études au cycle universitaire.

[21] Voir les travaux de Miller, C., (ibid.).

[22] C'est un marché populaire, très connu se situant dans le centre ville de Nyala,  capitale du Nord Darfour, spécialisé notamment dans des marchandises venant essentiellement des pays francophones limitrophes. Le mot 'Bouram' signifie en arabe les marmites (on les importe du Tchad, après avoir été importées de France). Ce qui est intéressant à plus d’un titre c’est que  la présence de la France est manifeste, si l’on veut un articule de qualité, on se rend à ce marché où les articles sont importés de France après avoir transité par le Tchad ou encore la RDC ou le Zaïre.

[23] Sorte d'un dialecte qui est fort présent dans les échanges de ces gens.

[24] Les écoles coraniques jouent généralement un rôle de premier plan dans la scolarisation des jeunes tout au cours des huit années de l'éducation de base.

[25] Nous avons rencontré M. Abdella, M. A., l'un des avocats exerçant  à Nyala qui nous a signalé qu'il arrive fréquemment que la Section des Cours se trouve sollicitée  pour siéger dans  des procès ou des affaires dont les documents sont en français.

[26] Voir les travaux de El Amin, Y., Le statut de l'enseignement du français en Afrique, aspects constitutionnels, sociolinguistiques et pédagogiques, (1990 ).